IRLANDE :
LE MOUVEMENT NATIONAL,
LE MOUVEMENT OUVRIER ET
L'INTERNATIONALE COMMUNISTE

1913 - 1941

SOMMAIRE



              
Présentation…………………………………………  ………... …… page 3
              
Repères chronologiques…………………………………………… page 6
             
             
Articles de Lénine et de Trotsky sur la grève de Dublin de 1913 et 
             sur l'insurrection de 1916
…........................................................... … page 8

             
Textes de James Connolly……………..……………………...……. page 20

             
Guerre d'indépendance, mouvement ouvrier et Internationale
             Communiste
……….....………………………………………………… page 29
             Le mouvement syndical. La grève générale de Limerick
             La question irlandaise au 2ème congrès de l'Internationale Communiste
             Interventions des délégués irlandais. Article du Bulletin Communiste

              
La partition, la guerre civile et le mouvement ouvrier…………. page 55
              La résolution sur l'Irlande du 4ème Congrès de l'IC
               Articles de la Correspondance Internationale

              
Le PC d'Irlande et l'Internationale de Staline…………………..… page 61
              Pourquoi le Congrès républicain n'a-t- il pas abouti à la constitution d'un parti
              Le point de vue d'un fondateur
              La position de Nora Connolly
              Une fin sans gloire (l'auto-dissolution du PC irlandais)
              Lettre de Nora Connolly à Léon Trotsky et réponse de Léon
              Trotsky…………………………………………………………...........…… page 76

PRESENTATION

En mai 2007, l'Irlande – ou plus précisément “la question irlandaise”, le fait qu'une partie de l'Irlande reste encore aujourd'hui sous domination britannique directe – se retrouve au premier plan de l'actualité. A Belfast, capitale de l'Irlande du Nord, un gouvernement de
coalition était formé, sous les auspices de l'Union européenne, du gouvernement britannique et du gouvernement de la République d'Irlande. Ce gouvernement avait comme Premier ministre Ian Paisley dont toute la politique a été consacrée à combattre le nationalisme irlandais, à assurer que le lien de l'Irlande du Nord avec la couronne soit éternel.

Le vice-Premier ministre, Martin McGuiness, était, lui, dirigeant d'un parti, le Sean Finn, qui se réclamait de la réunification de l'Irlande et appuyait le combat de l'Irish Republica Army (IRA) contre l'occupation britannique.

La “question irlandaise” aurait-elle ainsi enfin trouvé une solution ? Se réduisait-elle, comme on le prétend souvent, à des affrontements “religieux” d'un autre temps ?

Pour sérieusement aborder ces questions, il n'est pas inutile de revenir à la longue et douloureuse histoire de la lutte du peuple irlandais pour son indépendance et son unité, aux liens du mouvement ouvrier avec cette lutte pour l'émancipation nationale, au rapport de “la question irlandaise” avec la situation mondiale et avec l'évolution du système capitaliste.

Ce numéro des Cahiers du Cermtri constitue une première contribution modeste et limitée à cet examen.

Il y a 90 ans, c'était la Révolution russe. Un an auparavant, en pleine guerre, éclatait l'insurrection irlandaise de 1916 dont Lénine immédiatement soulignait la place dans le processus d'ensemble de la révolution en Europe. En 1917 et 1918, alors que se développait le soulèvement de toute l'Irlande contre la domination britannique, l'Irlande était sans doute l'un des pays d'Europe où se manifestait le plus massivement le soutien à la révolution russe.

En même temps, des militants – surtout de jeunes militants formés dans la tradition de James Connolly, qui avaient pour certains combattus lors de l'insurrection de 1916 – c'est le cas du fils de James Connolly, Roddy, de Sean McLoughlin qui, à 19 ans, avait organisé l'ultime sortie des rebelles assiégés dans la grande Poste de Dublin – cherchaient à assurer la jonction avec l'Internationale communiste et commençaient à constituer le Parti communiste d'Irlande.

Le but de ce Cahier est de montrer que les développements et les crises du mouvement ouvrier en Irlande, bien évidemment incompréhensibles si l'on ignore les problèmes de l'oppression nationale, le sont tout autant si l'on sépare l'histoire du mouvement ouvrier irlandais de l'histoire du mouvement ouvrier international.

La décision de certains des dirigeants les plus éprouvés de la classe ouvrière irlandaise de nouer une alliance circonstanciée avec l'aile la plus résolue du mouvement nationaliste et qui aboutit à l'insurrection de 1916 s'intègre aux conséquences de la première guerre impérialiste, mais avant tout à la caractérisation de celle-ci et à la capitulation des sommets de la 2ème Internationale (et donc des dirigeants du Labour Party) devant leur propre bourgeoisie. Le seul secteur du mouvement ouvrier qui dénonça l'atroce répression organisée par le gouvernement britannique et se solidarisa avec l'insurrection irlandaise fut celui qui s'opposait à la guerre impérialiste.

C'est l'Internationale communiste qui se rangea du côté de ceux qui refusèrent la partition soulignant la légitimité du combat des Républicains, tout en indiquant que ce n'est qu'en donnant son contenu social à la République que l'indépendance et l'unité de l'Irlande
pourraient être réalisées.

La République : le mot d'ordre de République a toujours été celui de l'aile la plus avancée du mouvement nationaliste. La République, c'était la rupture avec la monarchie britannique, la République, c'était la souveraineté du peuple irlandais sur toute l'Irlande. Le parti ouvrier qui se constituera en 1896 aura comme nom le Irish Socialist Republican Party, Parti socialiste républicain d'Irlande. James Connolly rédigea le Manifeste de ce parti. Il y écrivit : « La lutte pour la liberté de l'Irlande a deux aspects : elle est nationale et elle est sociale. Son objectif national ne peut être atteint si l'Irlande ne devient pas une nation libre et indépendante. Elle est sociale et économique, car quelle que soit la forme de gouvernement, tant qu'une classe possède comme sa propriété les moyens d'utilisation du travail et la terre dont dépend la survie de l'humanité, elle aura toujours le moyen de mettre en esclavage les non possédants. »

C'est ce qui se matérialisa dès la guerre d'indépendance, lorsque la direction du mouvement nationaliste – celle de l'IRA – chercha à refouler ou éliminer tout ce qui dans la lutte pour l'indépendance, mettait pratiquement à l'ordre du jour la transformation sociale. Le
maintien d'un système qui entretient “l'esclavage des non possédants” est le motif social fondamental de l'acceptation par la majorité de la direction nationaliste du traité fondé sur la partition de l'Irlande.

Et lorsque, après la Deuxième Guerre mondiale – et tout particulièrement après 1968 – la volonté de mettre fin à la domination britannique d'assurer l'unité de l'Irlande, ressurgit avec vigueur dans l'action même des masses, ce sont ces problèmes qui se reposent.

Les luttes qui se développent alors, au Nord comme au Sud et qui se poursuivent jusqu'à aujourd'hui sortent du champ de ce Cahier. Il porte sur la période qui va de la Première Guerre mondiale au début de la Deuxième. Il est donc nécessaire de justifier les
dates exactes qui ont été choisies : 1913-1941.

En 1913, lorsque la marche à la guerre est déjà engagée, une grève généralisée à Dublin fait face à un lock-out organisé y compris par ceux des patrons qui se réclament de la “souveraineté irlandaise”. C'est dans cet affrontement de classe que se constituera, comme
milice ouvrière, comme moyen de défense des travailleurs, la Irish Citizen Army (l'armée citoyenne irlandaise) qui participera aux combats de 1916.

En 1941, la direction stalinienne exigera du Parti communiste irlandais qu'il cesse d'exister au Sud du pays car il se montre inefficace dans la mise en oeuvre d'une politique qui, comme le dit l'historien irlandais du mouvement ouvrier Emmett O'Connor “signifiait faire
cause commune avec la classe dirigeante britannique contre la neutralité irlandaise”.

Par les documents publiés dans ce Cahier, est illustré le fait que l'évolution du mouvement ouvrier irlandais, le destin des militants et des groupes qui se réclamaient du communisme ne tiennent pas à une “exception” irlandaise mais aux conditions préva lant dans
le mouvement ouvrier international.

Dans les années de la guerre d'indépendance, de la guerre civile provoquée par la partition, c'est au travers de l'Internationale communiste que se sélectionne un regroupement politique qui lie l'avenir du prolétariat d'Irlande et du peuple irlandais à la lutte des classes internationales.

Si, lorsque se stabilise l'Etat libre d'Irlande, fondé sur la partition, les tentatives d'organisation de militants – fréquemment issus du mouvement républicain – aboutissent à des échecs répétés, la cause en est d'abord dans les conséquences du stalinisme. Asservi aux besoins de la diplomatie du Kremlin, comme les autres sections de l'IC, le PC irlandais passera d'une “troisième période” de dénonciation et d'isolement, qui le laissera exsangue, à la forme irlandaise du front populaire : la capitulation devant le gouvernement de l'Irlande du Sud, l'acceptation de la partition et donc la capitulation devant l'impérialisme britannique.

Si l'histoire du mouvement ouvrier irlandais ne peut se séparer de celle du mouvement ouvrier international, cela signifie qu'il faut y examiner non seulement les conséquences du stalinisme (ce qui est plus précisément l'objet de ce Cahier, mais du réformisme et aussi comment les courants politiques qui s'opposaient au stalinisme ont été présents en Irlande.

Cela pourra être l'objet d'un prochain Cahier. Notons simplement à ce stade que du mouvement républicain et révolutionnaire qui unissait la lutte pour l'indépendance nationale et pour l'émancipation sociale sont venus des militants qui se sont opposés au stalinisme dès les années 1930, en mettant à l'ordre du jour la question de la construction d'un parti républicain et socialiste, comme Nora Connolly (la fille de James Connolly) qui devait ens uite prendre contact avec Trotsky ; des militants plus jeunes qu'en Espagne combattirent avec les milices du POUM avant d'entreprendre la construction d'un groupe trotskyste en Irlande. Ou encore des militants qui, comme Jack Walsh, l'un des premiers organisateurs de la Irish Citizen Army, devait se réclamer de l'anarcho-syndicalisme et combattre en Espagne dans les milices de la CNT. Nous espérons qu'une autre livraison des Cahiers pourra revenir sur cette
histoire.

Le présent Cahier comprend les rubrique s suivantes :
            - Une introduction historique avec des articles de Lénine et de Trotsky, des textes de James Connolly.
            - Une partie consacrée à la guerre d'indépendance, comportant notamment des interventions des délégués irlandais au 2ème
                 Congrès de l'Internationale communiste.
            - Une partie revenant sur la partition et la position de l'Internationale communiste.
            - Une partie consacrée aux conséquences de la politique stalinienne, notamment au sabordage de la possibilité de constitution
                  d'un parti ouvrier républicain et socialiste et à la politique dictée au PC irlandais à la veille et au début du conflit mondial.
            - En conclusion on trouvera l'échange de lettres entre Nora Connolly et Léon Totsky