Afrique du Sud
Documents sur l'histoire du
mouvement ouvrier et les positions
de la IV° Internationale
(1921 - 1943)


SOMMAIRE


Présentation …………………………………………………………………………………………………………........................……… p. 3
Chronologie …………………………………………………………………………….....……………………………........................…… p. 6
Carte ………………………………………………………………………………………..…………………………........................……… p. 9
 
I. Développement du mouvement ouvrier en Afrique du Sud 
- Introduction ………………………………………………………………………………………………………...............................…….. p. 10
- Aux origines des premières lois de ségrégation : l'exploitation de l'or (B. Hirson Colour and class Revolutionary history)…. p. 12
- Aire de recrutement de la main d'œuvre sud-africaine (E. Mbokolo) …..................................................................................……….. p. 14
- Les conditions de vie des mineurs (M.P. Naicker – La grève des mineurs de 1946 ; J. Slovo et Toussaint – 
   Un lointain coup de tonnerre) ……………….........................................................................................................................…………… p. 15
- Les premières expériences du PC d'Afrique du Sud (CPSA) ….……….....................................................................………………. p. 18
- Le congrès de Bruxelles et J. Gumede ..….………………………………………………………......................................................…. p. 22
- Des années 30 aux lendemains de la 2ème guerre mondiale : transformations de la société en Afrique du Sud et
   naissance d'un    mouvement organisé africain (B. Hirson – op. cité)………………………………………………………..……... p. 26

II. Le mot d'ordre de « République noire »
- Introduction ……………………………………………………………………………………….………………….................................…. p. 29
- Controverses autour de la perspective d'une République noire en Afrique du Sud en 1927-1928 :
   a) J. et R. Simons – Class and colour in South Africa …………………………………....................................................................…. p. 30
   b) Les débats du VI° congrès de l'Internationale Communiste (E. Roux – Bunting, a political biography)………….……….…. p. 38
- Premiers contacts des militants noirs avec l'opposition de gauche américaine et Trotsky en 1932 :
   a) Lettre de Thibedi à la Ligue communiste d'Amérique ………..……….....................................................................................…….. p. 40
   b) Lettre de Thibedi à Trotsky …………………………………………………....................................................................…..….………. p. 42
   c) Réponse de Trotsky à Thibedi .………………………………………………………................................................................………. p. 43
- Les thèses du club Lénine (opposition de gauche d'Afrique du Sud) – 1935 .................................................................................... .p. 46
- Léon Trotsky : le problème national et les tâches du parti prolétarien …........................................................................................….. p. 52
- Les trotskystes dans les syndicats noirs : article de Ian Hunter publié dans Revolutionary history...……………………………. p. 58

III. La IVème Internationale et la lutte contre la guerre en Afrique du Sud
- Introduction ……………………………………………………........................................…………………………………………………… p. 64
- Lettre du Secrétariat International  de la Ligue Communiste Internationale aux deux groupes trotskystes d'Afrique du Sud… p. 65
- Lettre de la Ligue Communiste d'Afrique du Sud au SI ……………………………........................................................................…… p. 66
- Unité de classe ou Front populaire ? (The Spark)………………….................................................................…………………………. p. 67
- Manifeste d'août 39 contre la guerre du Club IV° Internationale du Cap et de la Ligue Socialiste de Johannesburg....................p.69

IV. Qu'a été le NEUM (Non-European Unity Movement) ?
- Introduction ……………………………………………………………………...................................…………………………………….…. p. 72
- Adresse de Ben Kies à la Conférence anti-CAD le 29 mai 43 ….………............................................................................…………… p. 74
- Déclaration du PC (section du Cap) contre le projet relatif aux Métis …….........................................................................................… p. 79
- Déclaration programmatique du NEUM à la Conférence de Bloemfontein .......................................................................................… p. 81

PRESENTATION

Ce cahier comprend des textes et des documents portant sur le développement du mouvement ouvrier en Afrique du Sud, de la fin du 19ème siècle à la Seconde Guerre Mondiale.

Le CERMTRI avait déjà consacré deux de ses cahiers au mouvement révolutionnaire et à l'activité de militants trotskystes en Afrique du Sud : le cahier N° 61 (juin 1991) reproduisait des textes sur l'histoire du Trotskysme en Afrique du Sud et des articles sur les développements alors les plus récents. Le N° 72 (mars 1994) reproduisait notamment un article de Léon Trotsky paru dans le Bulletin de l'Opposition en Juillet 1932, un article sur l'histoire du mouvement trotskyste en Afrique du Sud et une série de d'articles relatifs à l'effondrement du régime politique de l'Apartheid.

Quinze ans après l'effondrement du régime institutionnel de l'Apartheid, la question se pose de savoir jusqu'à quel point les racines de ce système ont été extirpées.
L'écrasante majorité de la population – la population noire – connaît toujours des conditions d'exploitation, de travail, de vie sociale en général qui demeurent marquées par ce qu'on a appelé la « Suprématie blanche », c'est-à-dire le fait que l'essentiel des richesses du pays est concentré entre les mains de grands trusts capitalistes, directement liés au capital financier international comme la Anglo-American Corporation et que l'essentiel de la terre est toujours détenue par une poignée de grands propriétaires fonciers blancs (60 000 fermiers blancs possèdent toujours plus de 80% des terres cultivables). Plus de 43% de la population du pays survit avec moins de 3 000 rands (260€) par an.

Ces derniers mois ont d'ailleurs été marqués par une succession de mouvements de protestation contre la misère dans les townships (les ghettos Noirs installés par le régime de l'Apartheid et qui demeurent toujours, car leurs habitants ne possèdent pas les moyens de s'installer ailleurs, même si la loi leur permet de s'installer partout où ils le veulent) par une vague de grèves, dans le secteur de la construction, dans les transports, dans la santé et jusque dans l'armée.

Aujourd'hui, dans cette situation, revenir aux éléments qui ont déterminé les formes spécifiques du régime de l'Afrique du Sud et donc les conditions dans lesquelles s'est développé le mouvement ouvrier est sans aucun doute d'une grande utilité, au-delà même de l'intérêt que cette histoire peut avoir pour des chercheurs.

Si le régime pleinement développé de l'Apartheid n'existe formellement qu'après 1948, c'est toute l'histoire de l'Afrique du Sud depuis le début de la colonisation et, en particulier, depuis 1889 - lorsque Cecil Rhodes, figure emblématique de l'impérialisme britannique, fonde la British-South Africa Company – qui y aboutit. Dix ans plus tard, par les armes, après une guerre sanglante, l'impérialisme britannique se subordonne les Boërs (les descendants des premiers colons hollandais), guerre qui aboutira en 1910 à la constitution de l'Union Sud-Africaine.

Rosa Luxembourg avait, dans ses travaux sur l'accumulation du capital clairement indiqué ce qui était en jeu :

« La question noire, c'est-à-dire l'émancipation des Noirs ostensiblement prônée par la bourgeoisie anglaise, servit de prétexte pour le conflit entre l'Angleterre et les Républiques. En fait, l'économie paysanne et la politique coloniale du grand capital se disputaient là les Hottentots et le Cafres, c'est-à-dire leurs terres et leur force de travail.
[…] Seulement leurs méthodes d'exploitation différaient fondamentalement. Cependant que les Boërs étaient pour un esclavage périmé sur une petite échelle sur laquelle était fondée leur économie paysanne, la bourgeoisie anglaise représentait l'exploitation capitaliste moderne, sur une grande échelle, de la terre et des indigènes.

[…] Le nouveau conflit entre le capital et le travail avait remplacé l'ancien entre Britanniques et Hollandais. Un million d'exploiteurs blancs des deux nations scellèrent leur alliance fraternelle et touchante au sein de l'Union en privant de leurs droits civils et politiques 5 millions de travailleurs de couleur. Ce ne furent pas seulement les Noirs des Républiques Boërs qui sortirent les mains vides : les indigènes de la colonie du Cap à qui le gouvernement britannique avait à un certain moment accordé l'égalité politique furent aussi privés de quelques-uns de leurs droits. Et ce noble travail, culminant sous la politique des conservateurs dans une oppression ouverte, devait être achevé par le parti libéral lui-même, aux applaudissements frénétiques des « crétins libéraux d'Europe » qui, avec une fierté sentimentale, prirent comme preuve de la toujours plus grande vigueur créatrice et de la grandeur du libéralisme anglais le fait que l'Angleterre avait accordé l'autonomie gouvernementale et la liberté complète à une poignée de blancs en Afrique du Sud. »

Le présent cahier comprend quatre parties :

- la première, après être revenue sur l'origine (l'exploitation de l'or) des premières lois de ségrégation en vient à la constitution du P.C. d'Afrique du Sud, à la signification - pour le mouvement national (l'ANC et le mouvement ouvrier Noir en Afrique du Sud) - de la conférence anti-impérialiste de Bruxelles ;

- la seconde partie regroupe des documents centrés sur la constitution en Afrique du Sud d'organisations liées à l'Opposition de Gauche, puis au Mouvement Pour la 4ème Internationale et sur les controverses autour du mot d'ordre de « République Noire » ;

- la troisième partie illustre ce qu'a été la politique des militants se réclamant du trotskysme, face à l'invasion par l'Italie fasciste de l'Ethiopie et face au déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale ;

- la dernière partie de ce cahier donne une série d' éléments sur un épisode – maintenant largement occulté, mais non sans importance – de l'histoire de la lutte contre la domination coloniale et l'Apartheid : la formation du NEUM (Non European Unity Movement) qui a représenté la première tentative de regrouper dans une même organisation tous ceux qui étaient opprimés et discriminés et que le régime colonial cherchait à diviser : les Africains, les Métis (Coloured) et les Indiens (provenant de l'immigration massive organisée par l'impérialisme).

Ce cahier s'arrête donc lors de la Seconde Guerre Mondiale et il sera nécessaire de poursuivre ce travail en publiant en particulier des documents sur la période (1945-1948) qui voit le régime de l'Apartheid se développer et s'affirmer institutionnellement.