Les troupes coloniales mobilisées en masse par la puissance 
coloniale pour une guerre qui n'était pas la leur


A l'occasion de ses vœux aux Français, en cette année de centenaire du début de la Grande Guerre, le président François
Hollande a célébré « l'unité nationale » que celle-ci avait suscitée : « il n'y eut qu'un seul pays, une seule Nation, une 
seule armée », pour défendre « son intégrité, ses valeurs ». Dans le même discours, il saluait « les 430 000 soldats 
venant de toutes les colonies, de l'Afrique à l'Asie du sud-est » qui « ont ont pris part à une guerre qui aurait pu ne pas 
être la leur ». Formule elliptique qui aujourd'hui, comme il y a un siècle, recouvre une réalité beaucoup moins glorieuse, 
celle d'une République au régime démocratique qui a embarqué ses « sujets » dans une guerre qui effectivement n'était 
pas « la leur ». Ceux-ci sont-ils englobés dans « l'unité nationale » évoquée avec émotion par le président Hollande ?

En effet, quel sens donner à la participation des colonisés à la défense officiellement annoncée de la Liberté et des 
valeurs de la démocratie française contre la « barbarie » allemande, alors que le régime colonial ségrégue deux 
catégories d'hommes : les citoyens et les indigènes, et que la plupart de ceux-ci gardent en mémoire leur soumission, 
souvent accompagnée de massacres, par la puissance  coloniale ?
Et comment justifier le fait que des êtres jugés « inférieurs » puissent être mis en situation de vaincre des Blancs ? La 
République coloniale, il est vrai, n'en était pas à un paradoxe près (coloniser au nom des « droits de l'homme », pour « 
assimiler », et élever, on dira un peu plus tard les « évolués », à la citoyenneté française...). Les autres puissances 
coloniales ont répugné à faire de même. Si la Grande Bretagne a fait largement appel aux « soldats de l'Empire », ce 
sont en général ceux des colonies de peuplement qui ont eu l'honneur de mourir dans les tranchées (plus de 90% des 
Terre-neuvas par exemple en quelques heures dans la Somme en 1916). Les soldats issus de l'Empire des Indes ont, 
quant à eux, été utilisés pour la plupart en Afrique et contre l'Empire ottoman, plus rarement sur le front français. 
L'engagement des troupes coloniales françaises en Europe a d'ailleurs été dénoncé avant même le début de la guerre 
par la propagande allemande qui stigmatise la « souillure » du sol européen. Ce à quoi le général Mangin répond 
superbement : « On est toujours le barbare de quelqu'un ». En 1919, la dénonciation de la « Honte noire », anticipe la 
propagande nazie contre la « dégermanisation, la négrification et la judaïsation » du sang allemand, et les massacres 
des Sénégalais à Cressenscq, Chasselay et Montluzin en 1940.
En fait, nécessité fait loi. La France est le premier pays touché par la baisse de la natalité, qui a entraîné l'appel massif de
main d'œuvre étrangère au cours de la deuxième révolution industrielle. L'Allemagne par contre a un des taux de natalité 
les plus élevés d'Europe. Dans la perspective de « la Revanche », hommes politiques et militaires s'inquiètent. En 1910, 
le général Mangin publie « La Force noire », et répond à ceux qui doutent du bien-fondé de l'appel aux indigènes 
d'AOF-AEF : « ce sont des troupes nationales que forment nos Africains français … Bronzés ou noirs, leurs éléments sont
tirés d'un sol français ». Et tant pis si ceux-ci ne bénéficient pas pour autant des promesses de la devise républicaine « 
Liberté, Egalité, Fraternité ». Du moins la « fraternité des tranchées » leur sera accordée. Entre autres arguments, Mangin
souligne que dans le type de guerre qui s'annonce « le manque de nervosité de la race noire l'y rendra précieuse … 
L'insouciance du Noir et son fatalisme deviennent alors des qualités ». Cet officier de l'armée coloniale est soutenu à la 
Chambre par le député Adolphe Messimy futur ministre de la Guerre : « L'Afrique nous a coûté des monceaux d'or, des 
milliers de soldats et des flots de sang ; l'or, nous ne songeons pas à le lui réclamer. Mais les hommes et le sang, elle 
doit nous le rendre avec usure. »

La préparation à la guerre amène le gouvernement français à des mesures d'exception. Les indigènes « sujets français 
» ne sont pas mobilisables, mais comme l'écrit le capitaine Khaled, petit-fils de l'émir Abd-el-Kader, officier dans l'armée 
française jusqu'à la fin de la guerre, au Président des Etats-Unis, Wilson, le 23 mai 1919, le gouvernement français 
instaure pourtant en Algérie en 1912 « la conscription obligatoire, d'abord partielle (10% du contingent), ensuite totale 
(…). Nous n'avions jamais pu croire cependant qu'une pareille charge réservée aux seuls citoyens français jouissant de 
tous les droits, viendrait un jour peser sur nos épaules (…). »

Au début de la guerre, en dehors des bataillons de Tirailleurs sénégalais existant (créés en 1900, encore peu nombreux 
en 1914 et jusque-là utilisés en Afrique même, environ 30 000 hommes), et de quelques milliers de Tirailleurs d'Afrique 
du Nord (4 000 Algériens), engagés dès septembre sur la Marne et l'Yser, on fait seulement appel aux volontaires. Mais 
rapidement, l'illusion d'une guerre courte s'enlise dans les tranchées, et la « guerre d'usure » nécessite de recruter le 
plus possible de soldats. C'est l'heure de Mangin et de la Force Noire, palliatif au « mal français ». Des troupes vont être 
drainées du monde entier, constituant une véritable « Babel militaire ».
Toutefois les campagnes de propagande ne soulèvent pas l'enthousiasme attendu dans les populations indigènes. En 
Nouvelle-Calédonie par exemple, 51 volontaires seulement pour défendre la « Mère-Patrie ». En Afrique (du Nord, AOF, 
AEF), une quarantaine de milliers, mais pour lesquels il est difficile de savoir quelle est la part réelle du volontariat dans 
la mesure où des contingents sont fixés par douars en Algérie, circonscriptions en AOF.  Les « sujets » de l'Empire 
semblent peu concernés par l'« Union Nationale ». 
D'où le décret du 9 octobre 1915 qui oblige, au Sénégal et au Soudan, les chefs traditionnels à livrer des hommes pour la
guerre, et qui entraîne les premières révoltes. Dès décembre 1915, le gouverneur de Nouvelle-Calédonie, décide de 
l'application de ce décret aux Kanaks, et leur recrutement, à raison d'un pour dix hommes soumis à l'impôt de capitation, 
commence dès la parution de la circulaire d'application en date du 22 janvier 1916.
Le 1er janvier 1916, la commission sénatoriale de l'armée présente les prévisions sur l'organisation d'une « Armée 
Indigène, pour l'Afrique du Nord, l'Afrique Occidentale Française, l'Afrique Equatoriale française, Madagascar, la Côte des 
Somalies, l'Indochine, l'Inde française et l'Océanie. » et souhaite que celle-ci s'étende aux « colonies de l'Océanie et du 
Pacifique, Nouvelle-Calédonie, Nouvelles-Hébrides, Tahiti, etc. (…car ) Aucune colonie ne doit manquer à l'appel de la 
Mère-Patrie (...)».
En Algérie, la conscription générale est instaurée par décret en septembre 1916.
En 1917, le gouverneur de l'AOF, Joost Van Vollenhoven se bat contre ce recrutement : « Cet empire africain, qui est 
pauvre en hommes et riche en produits, laissez-lui sa misérable population pour le ravitaillement pendant la guerre et 
pour l'après-guerre ». N'étant pas écouté par le gouvernement, il démissionne et meurt au front. En effet, Georges 
Clémenceau s'appuie alors sur le premier député africain (élu par les Quatre Communes du Sénégal dont les habitants, 
Noirs comme Blancs, sont citoyens français), Blaise Diagne, qu'il promeut en 1917 Commissaire général de la 
République aux troupes, avec rang de sous-secrétaire d'Etat aux colonies. Celui-ci, non dépourvu d'ambition personnelle,
dirige alors les dernières campagnes de recrutement en AOF, mettant fin aux révoltes. 
C'est aussi à partir de 1917 que les métis sont le plus souvent inscrits comme « citoyens », tant le besoin en hommes 
est grand.

Quels arguments ont pu entraîner les premiers engagements volontaires, puis être utilisés pour essayer d'éviter les 
révoltes lors des campagnes de recrutements forcés ? De l'Afrique à l'Océanie, il y a des constantes et des spécificités. 
Peu d'engagements écrits : un peu d'argent, le logement, l'uniforme, la nourriture, et le rapatriement six mois après la fin 
de la guerre. La perspective de la solde, de primes, de pensions, auprès de populations pauvres, parfois spoliées de 
leurs terres, soumises au système colonial (travaux forcés, impôt), réduites bien souvent à la malnutrition, et parfois 
victimes de la famine (comme en témoigne la chute de la population kanak de moitié dans les cinquante ans qui ont suivi
la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie). La promesse d'une haute paie et de diverses primes et allocations a 
joué un rôle important dans les engagements volontaires en Indochine. Le port d'un uniforme et des armes qui 
symbolisent la puissance du colonisateur, la perspective de médailles, ont pu aussi attirer d'anciens guerriers humiliés. 
Pour quelques-uns peut-être aussi, en particulier chez les insulaires, le désir de reprendre la mer, d'aller vers d'autres 
horizons…

Mais auprès de sociétés traditionnelles, largement analphabètes (en Afrique, en Océanie), c'est la parole qui compte. Le 
général Mangin, officier colonial de la mission Marchand le sait. Dès 1910, il a obtenu la possibilité de conduire une 
mission d'enquête en AOF qui a fourni des évaluations démographiques très optimistes sur les possibilités de 
recrutement. Les comptes rendus de « palabres » organisées souvent à la va-vite ne sont pas forcément crédibles, 
surtout quand ils font état d'un enthousiasme généralisé des populations. Mais ils montrent du moins la place de la 
parole. En Nouvelle-Calédonie, les journées de recrutement organisées à partir de 1916 sont précédées de nombreuses
« palabres » dont le but est d'obtenir du chef de tribu qu'il propose des « volontaires », qu'il obligera par la suite à signer 
l'acte d'engagement. Si le « loyalisme » de ces chefs est mis à contribution, en particulier dans les tribus qui se sont 
positionnées du côté du colonisateur pendant la grande révolte de 1878, il faut néanmoins parfois ajouter une prime pour
tout sujet engagé.
Au cours de ces palabres, l'appel aux valeurs guerrières des populations soumises depuis quelques décennies 
seulement est l'argument le plus souvent invoqué. En AOF, Mangin fait volontiers référence aux exploits guerriers passés 
des tribus visitées, provoquant émotion et fierté, comme à Koumi, en pays bambara au nord de Bamako. A Houaïlou 
(Nouvelle-Calédonie), le Discours de guerre de Mindia, un vivâ (actualisé pour inclure les Allemands), est prononcé par le
grand chef, le 30 avril 1916, à l'occasion de la levée des tirailleurs provoquant semble-t-il un tel enthousiasme que les 
femmes encouragent les hommes à partir à la guerre. Ces récits épiques censés galvaniser les guerriers sont parfois 
repris sur le front même, avant de monter à l'assaut.
En Nouvelle-Calédonie, le pasteur Leenhardt explique aussi la motivation des Kanak « (…) par amour pour la France que
les Missi défendent et qui leur a donné la lumière (l'Évangile),(…) ». Le rôle des religieux, protestants ou catholiques (peu
mobilisés eux-mêmes jusqu'en 1917), paraît capital dans ces terres du Pacifique. Les catéchistes catholiques et les « 
nata » protestants indigènes cultivent leur ferveur religieuse jusque dans les tranchées.
Cependant des arguments plus concrets, plus politiques, sont aussi nécessaires. Et qu'il s'agisse de promesses orales
parfois, ou d'espoirs au fond logiques de la part des colonisés, la perspective d'un changement radical de leur statut au 
retour de la guerre semble déterminant : suppression de l'impôt de capitation, emplois réservés après la guerre, lots de 
terre en toute propriété (pour les Kanak confinés dans des réserves).
Plus déterminant encore, l'espoir de l'accès à la citoyenneté française. Au Dahomey, les chefs et les notables 
commerçants demandent à ce que leurs fils qui s'engageraient dans l'armée acquièrent la « citoyenneté française » 
comme les ressortissants des Quatre Communes au Sénégal. En 1918, lorsque le député du Sénégal, Blaise Diagne, 
lors de la tournée de recrutement commanditée par Clémenceau parvient à convaincre 63 000 hommes en AOF et 14 
000 en AEF, surtout parmi les élites occidentalisées des villes, c'est avec la promesse de primes, d'allocations, de  
création d'écoles, de l'exemption de l'indigénat, et pour les fils de chef, l'accession à la citoyenneté française. Promesse 
que certains vont même comprendre dans un sens plus  large, c'est-à-dire, adressée à tous les soldats qui sont venus 
au secours de la « Nation civilisatrice ». « Avant j'étais nègre, s'exclame un tirailleur en 1916, maintenant je suis français !
 » Même espoir chez les Kanaks. 
D'une manière générale (en AOF, en Algérie), il faut souligner le rôle des chefs, des « élites » occidentalisées dans le 
recrutement des troupes, qui paraît avoir été souvent important, ambigu. La perspective de l'accès à la citoyenneté après 
la guerre, donc de pouvoir participer à la vie politique, mais aussi l'espoir (déçu le plus souvent) de parvenir aux grades 
d'officiers, ont pu en être la motivation.

A ces « soldats supplétifs », il faut ajouter  la réquisition de travailleurs pour l'industrie, notamment dans les usines 
d'armement, de munitions, mais aussi dans les champs : environ 80 00 Algériens, 35 000 Marocains, 18 500 Tunisiens, 
49 000 Indochinois, 5 000 Malgaches... La Chine n'est pas colonisée mais subit le régime des concessions, et 140 000 
Chinois environ sont amenés en France (par la France et la Grande Bretagne), en accord avec le gouvernement chinois. 
Mais leur « contrat » est rarement honoré. Parqués le plus souvent dans des camps, mal nourris, ils touchent un salaire 
de misère, et quelques milliers d'entre eux se retrouvent exposés aux combats. L'ensemble de ces travailleurs est tenu le
plus possible à l'écart des Français, et ils connaissent des conditions de travail et de vie difficiles, aggravées par le froid, 
sans oublier la peur et la tristesse d'avoir été arrachés à leur famille et à leur pays pour un temps indéterminé.

Les soldats indigènes engagés en France métropolitaine et sur le front d'Orient ont été plus de 550 000. A ceux-ci, il faut 
ajouter ceux qui se sont battus en Afrique dans les guerres contre les colonies allemandes. Le bilan humain de ces 
guerres souvent fratricides, puisqu'elles opposaient des peuples partagés par des frontières artificielles, est lourd mais 
le décompte, qu'il ne sera peut-être jamais vraiment possible d'établir avec précision, est encore en cours d'élaboration. 
Selon les estimations actuelles, en ajoutant toutes les victimes en Afrique (des guerres, des famines produites par la 
désorganisation de l'économie qui s'en est suivie et par les prélèvements accrus des métropoles), et au Proche et 
Moyen-Orient (des soulèvements arabes, encouragés par les Alliés, contre les Ottomans), on arriverait à 10 à 12 millions 
de morts, soit plus qu'en Europe même, berceau de la guerre. La Grande Guerre aurait donc entraîné la mort d'une 
vingtaine de millions d'êtres humains.
Pour les troupes coloniales qui se sont battues en France, le pourcentage de morts et disparus est le même 
globalement que pour les soldats français (plus de 17 %). Mais, les statistiques fournies par le Ministère des Armées 
montrent des différences importantes suivant les colonies.
Les 275 000 soldats de l'Armée coloniale indigène fondée en 1915, dont la « Force noire » de Mangin a constitué 70 % 
(dont plus des 2/3 sont mobilisés sur le front français), n'ont pas tous subi le même sort. 
Sur les 183 139 tirailleurs « sénégalais » (en fait originaires de toute l'AOF-AEF), un cinquième ne reviendra pas. 
Cependant, les pertes sont parfois tellement lourdes, en particulier au Chemin des Dames en 1917 (45 % des effectifs 
engagés dans la seule journée du 19 avril, dont plus de 22 % de tués et de disparus), que Mangin, qui les avait 
propulsés en première ligne comme « force de frappe », y gagne le nom de « boucher des Noirs ».
Si les Malgaches (plus de 40 000) ont été relativement épargnés (6 % de tués), les Somaliens et Comoriens ont subi des
pertes plus lourdes proportionnellement, et les Kanak détiennent le macabre record avec 35, 43 % de morts et disparus. 
Même la petite île d'Ouvéa a son  monument aux morts.
Les Indochinois, quant à eux ne comptent que 4 % de morts. En effet, considérés comme trop fragiles pour résister aux 
combats dans les tranchées froides et humides de l'Est et du Nord de la France, ces plus de 43 000 tirailleurs, par 
ailleurs plus instruits que la plupart des autres indigènes, sont pour la plupart mobilisés dans les bataillons d'Etapes 
(chargés des communications, du ravitaillement et de la garde de certains points sensibles des Armées), ou comme 
infirmiers, automobilistes... 
Quant aux Spahis et aux Tirailleurs algériens, marocains et tunisiens, ils n'appartiennent pas à l'Armée coloniale. Ces 
éléments indigènes de l' « Armée d'Afrique » sont en fait intégrés (avec elle) aux armées métropolitaines : 175 000 
Algériens musulmans, 40 000 Marocains et 80 000 Tunisiens, dont les deux tiers se battent en France métropolitaine, les
autres sur le front d'Orient. Leur courage est reconnu, célébré par Adolphe Messimy lui-même qui évoque le rôle 
déterminant de ces « troupes d'élite » notamment dans la bataille de la Marne. La proportion de tués et disparus est pour
les Algériens la même que pour les tirailleurs « sénégalais », 20 %, pour les Tunisiens elle atteint 26 %, et pour les 
Marocains 30 %.
Il faut ajouter à ce sinistre bilan, environ 20 000 Chinois morts soit des mauvaises conditions de vie qui leur ont été faites,
soit victimes des combats dans lesquels ils ont été piégés.

Dans l'immédiate après-guerre, en réponse à la campagne allemande contre la « Honte Noire », on assiste en France à 
une mise en valeur officielle du rôle des « tirailleurs sénégalais » et d'une manière générale des troupes coloniales, qui 
participent au « défilé de la victoire » du 14 juillet 1919, et dont les régiments reçoivent parfois les plus hautes 
décorations. A Bamako, mais aussi à Reims sur les champs de bataille même de la Première Guerre Mondiale, sont 
inaugurés en 1924 des monuments en hommage à « l'Armée noire ». Archinard, ancien commandant supérieur au 
Soudan français déclare « Nos tirailleurs noirs se sont conduits en bons Français, ils se sont montrés dignes de 
combattre sous nos trois couleurs (...) ». Apparaît alors le cliché du « bon » tirailleur Banania, « brave et fidèle soldat », au
sourire naïf, presque enfantin, d'autant plus populaire que les Français pensent avec reconnaissance que ces tirailleurs 
indigènes sont venus de leur plein gré défendre leur pays et mourir pour lui !

Mais la Grande Guerre a montré la faiblesse de la « race supérieure ». L'horreur des tranchées a jeté un doute sur sa 
valeur « civilisatrice ». Et la France a eu besoin de faire largement appel à son Empire, au niveau financier, économique, 
mais aussi humain, ce qui a donné à ses « indigènes » une place dans la victoire. 
Pendant la guerre, le recrutement des soldats, réveillant parfois le souvenir des razzias de la traite négrière, réactivant le 
rejet de la domination coloniale, et s'ajoutant à la pression économique accrue, a entraîné de nombreuses révoltes dès 
1915, puis plus importantes en 1916, 1917. Celles-ci ont touché de vastes territoires en AOF, en Algérie, à Madagascar, 
en Nouvelle-Calédonie. La répression a été très dure, rappelant en Afrique les massacres de la conquête coloniale.
L'après-guerre a réservé bien des désillusions et des frustrations dans tout l'Empire colonial, car les promesses ne sont 
suivies d'aucune réalisation. Les « indigènes » qui choisissent d'être démobilisés en métropole se réunissent 
clandestinement, découvrant qu'ils subissent d'un bout à l'autre de l'Empire le même régime d'oppression. Ceux qui 
rentrent chez eux retrouvent le régime du Code de l'Indigénat (lois spéciales, tribunaux spéciaux et arbitraires, aucune 
liberté de circulation et travaux forcés « esclavage déguisé » dira plus tard Félix Houphouët-Boigny), et ce jusqu'en 1946. 
En Nouvelle-Calédonie les tirailleurs Kanak, reconduits dans leurs tribus et « réserves », vont refuser par deux fois la 
citoyenneté. Solidarité avec les leurs, après la répression de la révolte de 1917 ? Impression d'avoir été manipulés ? Ce 
n'est qu'en 2001 que le nom de leurs camarades morts sera inscrit à côté de ceux des autres combattants sur le 
monument érigé à Nouméa en 1924, qui ne comportait jusqu'alors que leur nombre, ce qui en dit long sur la « 
reconnaissance » de la Mère-Patrie. En AOF, AEF, les colonisés vont commencer à s'organiser à travers des grèves, des 
manifestations. En Afrique du Nord, et d'abord en Algérie, apparaissent les premières revendications d'indépendance. Le
capitaine Khaled écrit au président des Etats-Unis Wilson en 1919, pour demander que le droit des peuples à choisir 
leur sort, prôné dans ses « 14 points », s'applique également aux Algériens. Messali Hadj, neuf ans après la fin de la 
guerre, proclame au nom de l'Etoile Nord-africaine le droit à l'indépendance de son pays. En décembre 1920, Hô Chi 
Minh, participe à la fondation du Parti Communiste français, qui en adhérant à la IIIème internationale, s'engage à « 
soutenir, non en paroles mais en fait, tout mouvement d'émancipation dans les colonies », et le Parti Communiste 
Indochinois est fondé en 1930. 

Depuis une loi de 1959, les pensions des combattants avaient été gelées, «cristallisées», par le général de Gaulle, en 
réponse à l'imminence des indépendances. En 2006, la « décristallisation » totale des pensions militaires a été votée, 
mettant fin à près de 50 ans de ce surcroît d'injustice et de mépris vis-à-vis des troupes « supplétives ». Sur les 10 000 
anciens combattants et 20 000 de leurs héritiers concernés, combien de Tirailleurs de la Grande Guerre ? L'hommage 
rendu par le président Hollande en ce début 2014 risque d'avoir un goût amer pour nombre de leurs descendants.